La violence conjugale à Rubondo : une urgence silencieuse au cœur du camp de réfugiés de Nakivale

Par DDH Marlène SHAMAVU BAHATIDéfenseure des Droits Humains

Le Sub-Camp de Rubondo, situé dans le camp de réfugiés de Nakivale, au sud-ouest de l’Ouganda, accueille des milliers de réfugiés ayant fui les conflits armés, les persécutions et les violences dans leurs pays d’origine. Si ces populations ont trouvé à Nakivale une relative sécurité face aux guerres, une autre forme de violence persiste et se développe dans le silence : la violence conjugale.

Une violence quotidienne, souvent invisible

À Rubondo, de nombreuses femmes subissent des violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques au sein même de leur foyer. Ces violences sont souvent justifiées par des normes culturelles patriarcales, la dépendance économique, le traumatisme lié à l’exil, ainsi que la précarité extrême des conditions de vie dans le camp.

Les témoignages recueillis révèlent des cas fréquents de :

  • coups et blessures infligés par les partenaires,
  • menaces et humiliations répétées,
  • rapports sexuels forcés,
  • privation de nourriture ou de ressources financières.

Par peur de représailles, par honte ou par manque de confiance dans les mécanismes de protection, la majorité des victimes ne dénoncent pas les abus.

Facteurs aggravants dans le contexte du camp

La vie en camp de réfugiés accentue la vulnérabilité des femmes :l

  • e chômage massif et la pauvreté augmentent les tensions familiales,
  • l’abus d’alcool et de drogues est un facteur déclencheur fréquent,
  • le stress post-traumatique non traité chez certains hommes alimente des comportements violents,
  • l’insuffisance de logements privés expose les femmes à des abus sans possibilité de protection.

De plus, certaines femmes ignorent leurs droits ou ne savent pas vers qui se tourner pour obtenir de l’aide.

Conséquences sur les femmes et les enfants

La violence conjugale à Rubondo a des conséquences graves et durables :

  • traumatismes physiques et psychologiques,
  • dépression, anxiété et perte d’estime de soi,
  • impact négatif sur les enfants témoins de violences, qui risquent de reproduire ces comportements à l’âge adulte,
  • décrochage scolaire et désintégration familiale.

La violence conjugale n’est donc pas seulement une affaire privée : c’est une violation grave des droits humains.

Rôle des acteurs communautaires et défis persistants

Malgré la présence d’ONG, de leaders communautaires et de structures de protection, plusieurs défis subsistent :

  • manque de ressources pour accompagner toutes les victimes,
  • lenteur ou insuffisance des mécanismes de justice,
  • pression communautaire encourageant la réconciliation au détriment de la sécurité des femmes.

Il est urgent de renforcer les systèmes de signalement, d’offrir un soutien psychosocial adapté et de garantir une protection réelle aux survivantes.

Appel à l’action

La lutte contre la violence conjugale à Rubondo nécessite :

  • des campagnes de sensibilisation continues auprès des hommes et des femmes,
  • l’autonomisation économique des femmes réfugiées,
  • une collaboration renforcée entre autorités, ONG et leaders communautaires,
  • une tolérance zéro face à toutes les formes de violences basées sur le genre.

Protéger les femmes réfugiées, c’est défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux.

Le silence ne doit plus être une option.

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