Le sexe comme monnaie d’échange : une violation grave des droits humains dans le camp de réfugiés de Nakivale

Par DDH KANSEMIRE BYARUHANGA (Défenseure des Droits Humains)

Le camp de réfugiés de Nakivale, en Ouganda, est censé offrir protection et dignité à des milliers de personnes ayant fui les conflits, les persécutions et l’extrême pauvreté. Pourtant, derrière cette mission humanitaire, se cache une réalité alarmante et trop souvent passée sous silence : l’exploitation sexuelle de personnes réfugiées contraintes d’échanger des faveurs sexuelles pour être reconnues comme “très vulnérables” et accéder à une assistance humanitaire minimale.

Une vulnérabilité fabriquée par la misère

Dans le système humanitaire, la catégorie des personnes très vulnérables (femmes seules, personnes handicapées, personnes âgées, survivant·e·s de violences, malades chroniques) est prioritaire pour bénéficier d’une aide supplémentaire. Cette aide, bien que maigre, représente souvent la différence entre survivre et sombrer.

Face à l’insuffisance des ressources, à la faim chronique et à l’absence de moyens de subsistance, certaines personnes réfugiées — principalement des femmes et des filles, mais aussi des garçons — se retrouvent piégées dans des relations d’exploitation sexuelle. Le sexe devient alors une monnaie d’échange pour obtenir :une reconnaissance administrative de vulnérabilité,une inclusion sur des listes d’assistance,une promesse de protection ou de traitement préférentiel.

Abus de pouvoir et silence imposé

Ces pratiques reposent sur un déséquilibre de pouvoir profond entre les personnes réfugiées et certains individus en position d’autorité ou d’influence : intermédiaires, leaders communautaires corrompus, agents non surveillés ou personnes prétendant faciliter l’accès à l’aide.

La peur de perdre l’assistance, d’être stigmatisé·e ou de subir des représailles empêche la majorité des victimes de dénoncer ces abus. Le silence est renforcé par :

  • la honte et la culpabilisation des victimes,
  • l’absence de mécanismes de plainte accessibles et sécurisés,
  • la méfiance envers les systèmes de protection.

Une violation grave des droits humains

L’exploitation sexuelle en contexte humanitaire constitue une violation flagrante des droits humains, contraire aux principes fondamentaux de l’aide humanitaire :

  • humanité,
  • neutralité,
  • impartialité et dignité.

Elle détruit la confiance entre les réfugiés et les acteurs humanitaires, aggrave les traumatismes liés à l’exil et expose les victimes à :

  • des violences répétées,
  • des grossesses non désirées,
  • des infections sexuellement transmissibles,
  • des troubles psychologiques profonds.

Responsabilités institutionnelles et défis

Bien que des politiques de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels (EAS) existent, leur application reste insuffisante à Nakivale. Les défis majeurs incluent :

  • le manque de surveillance indépendante,
  • l’insuffisance de sanctions contre les auteurs,
  • la faiblesse des systèmes de signalement confidentiels,
  • la normalisation de l’injustice par la pauvreté extrême.

Appel urgent à l’action

Mettre fin à l’utilisation du sexe comme monnaie d’échange exige :

  • un renforcement réel des mécanismes de plainte sûrs et confidentiels,
  • des enquêtes indépendantes et des sanctions exemplaires,
  • une augmentation de l’assistance de base pour réduire la dépendance extrême,
  • l’autonomisation économique des réfugié·e·s,
  • une sensibilisation communautaire sur les droits et la dignité humaine.

Aucune aide humanitaire ne doit être conditionnée à l’exploitation du corps humain. La protection des personnes réfugiées doit être réelle, équitable et respectueuse de leurs droits fondamentaux.

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