Par DDH Erasto Emilly
À Kiniezire, Sanzi et Muganzo, des familles témoignent de l’installation de mariages forcés impliquant des filles de moins de 14 ans. Des habitants accusent des autorités locales d’avoir perçu des compensations en échange de ces unions illégales. Les faits doivent encore être vérifiés par les autorités.
Des témoignages qui bousculent le silence
Dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, la parole se libère timidement.
Selon plusieurs familles rencontrées à Kiniezire, Sanzi et Muganzo, six jeunes filles de moins de 14 ans auraient été mariées de force au cours des dernières semaines. Les unions auraient été décidées sans leur consentement, dans un contexte mêlant pression traditionnelle, pauvreté et autorité religieuse.
« On nous a dit que c’était la volonté du village, et qu’on ne pouvait pas s’opposer », confie la mère d’une des victimes.
Accusations contre des autorités locales
Des habitants citent notamment le nom du chef coutumier Shamavu, présenté comme ayant autorisé ces mariages.
Selon ces témoignages, il aurait reçu une compensation en nature, dont du vin, en échange de son accord.
Les mêmes sources évoquent également un rôle joué par Musselem Sadiki, décrit comme une personnalité religieuse influente dans la communauté musulmane locale.
Il s’agit pour l’instant d’allégations rapportées par la population, qui nécessitent enquête, vérification et réponse officielle des autorités concernées.
Un crime au regard du droit congolais
Si ces faits sont confirmés, ils constitueraient une violation grave :
– de la Constitution de la RDC,
– de la loi fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans,
– de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, dont la RDC est signataire.
Ces mariages forcés entraînent des conséquences lourdes :
– interruption de la scolarité,
– traumatismes psychologiques,
– grossesses précoces,
– dépendance économique et sociale,
– exposition accrue aux violences domestiques.
La peur et la loi du silence
Dans les trois villages, la contestation est quasiment impossible.
Les familles interrogées affirment craindre des représailles.
« Même si nous disons non, qui va nous protéger ? », lâche un parent.
« C’est le chef. On ne peut pas parler contre lui. »
Ce climat d’impunité permet aux pratiques de perdurer, loin des institutions judiciaires et des organisations de protection de l’enfance basées dans les centres urbains.
La société civile se mobilise
Des défenseurs des droits humains locaux appellent à une intervention urgente des pouvoirs publics, notamment :
– l’ouverture d’une enquête judiciaire,
– la protection immédiate des victimes,
– des sanctions contre toute personne impliquée,
– la sensibilisation des leaders coutumiers et religieux,
– un renforcement de l’éducation des filles dans les zones rurales.
« Les traditions ne peuvent plus servir d’excuse quand elles détruisent l’avenir d’une enfant », estime une militante locale.
Une urgence humaine et morale
À Kalehe, des fillettes voient leur destin scellé avant d’avoir eu la possibilité de le choisir.
Les villages de Kiniezire, Sanzi et Muganzo jettent une lumière crue sur une réalité trop fréquente dans certaines zones rurales où le droit officiel peine à s’imposer face aux pratiques coutumières.
La protection des jeunes filles n’est pas seulement une obligation juridique, elle est une exigence morale, sociale et humaine, qui nécessite l’engagement immédiat de tous.
