Violences sexuelles à Nakivale : des victimes sans justice, un système qui abandonne les femmes réfugiées

Par DDH Shabani Chantal Marie

Nakivale, Ouganda – Au cœur du camp de réfugiés de Nakivale, qui abrite des dizaines de milliers de femmes et de filles ayant fui des violences et la guerre, une autre violence insidieuse persiste : le viol et les agressions sexuelles sans réponse judiciaire effective. Malgré l’enregistrement de ces crimes auprès de la station de police du camp, aucune enquête sérieuse n’est menée et les victimes continuent d’être abandonnées à leur sort.

Selon plusieurs enquêtes et études sur Nakivale, la violence sexuelle est répandue dans le camp et touche un nombre important de femmes et de filles. Des recherches montrent que les agressions, y compris le viol et la « défiliation », font partie des principaux défis psychosociaux pour les réfugiées ; certaines études indiquent que près de 19 % des femmes interrogées ont vécu un viol ou une agression sexuelle dans le camp.

Enregistrer une plainte ne suffit pas

De nombreuses femmes ont le courage de se rendre à la station de police de Nakivale pour déposer plainte après avoir été violées. Elles racontent la même expérience tragique : leurs plaintes sont enregistrées, mais aucune enquête n’est menée, aucun suspect n’est arrêté, et aucune protection n’est offerte.

Des témoignages de réfugiés dans des contextes similaires en Ouganda ont révélé que, dans certaines circonstances, les victimes doivent parfois payer pour que la police se déplace ou procède à des investigations – non seulement pour les frais de transport des agents, mais aussi pour couvrir des coûts informels d’intervention. Ces pratiques créent une barrière supplémentaire pour les survivantes déjà vulnérables, empêchant l’accès à la justice.

Ce type d’extorsion informelle n’est pas anodin : il transforme un système déjà fragile en un obstacle presque infranchissable pour les réfugiées sans ressources, qui n’ont ni argent ni soutien pour faire avancer leurs affaires.

L’État de droit piétiné, l’impunité institutionnalisée

Au lieu d’être protégées et entendues, les femmes victimes de violence sont confrontées à une indifférence policière choquante :

  • Les enquêtes ne sont pas lancées, même pour les cas signalés formellement.
  • Les preuves ne sont pas collectées.
  • Les auteurs restent libres, réitérant souvent leurs crimes dans l’impunité.

Le résultat est tragique : un climat de peur qui pousse les femmes à se taire ou à abandonner leurs plaintes, car se tourner vers la justice devient synonyme de coûts humiliants et de frustrations sans fin.

Une culture de silence et de vulnérabilité

La violence sexuelle survient souvent dans des circonstances où les femmes sont exposées – en se rendant aux points d’eau, en allant chercher du bois ou simplement en se déplaçant la nuit. L’environnement même du camp, marqué par l’insécurité, le manque d’éclairage et l’absence de protection communautaire, renforce les risques pour les femmes.�Center For Forced Migrants

Pour beaucoup, la police n’est pas un recours : elle est perçue comme distante, lente, voire corrompue. Ces perceptions ne sont pas sorties de nulle part ; elles reflètent les expériences répétées de survivantes qui, après avoir franchi l’immense obstacle de témoigner, se retrouvent ignorées.

Ce qui doit changer maintenant

Nous, défenseurs des droits humains, exigeons une réponse immédiate et structurelle :

  • Des enquêtes indépendantes et sérieuses sur chaque cas de violence sexuelle, sans frais imposés aux victimes.
  • La formation et l’encadrement des forces de l’ordre pour qu’elles comprennent l’importance d’une réponse rapide et sensible aux survivantes.
  • L’accès à des services de soutien gratuits, y compris aide juridique, soins médicaux et soutien psychologique.
  • La fin de toutes formes d’extorsion informelle exigées pour que la police se déplace ou agisse.

Il ne peut plus y avoir un “deux poids, deux mesures” pour les réfugiées : elles ont fui la violence, mais elles ne doivent pas trouver l’impunité à Nakivale.

Les femmes réfugiées méritent justice. Elles méritent sécurité. Elles méritent d’être entendues.

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