Vivre cachée pour survivre : la réalité des couples LGBT+ réfugiés en Ouganda

Par Furaha Kiza Esther — Défenseure des Droits Humains

Au cœur de l’Afrique de l’Est, l’Ouganda est aujourd’hui tristement connu pour ses lois répressives à l’encontre des personnes LGBTQ+. Dans ce contexte, de nombreux réfugiés queer — déjà venus chercher protection dans un pays voisin — sont contraints de mener des vies qui nient leur identité, leur amour et leurs droits fondamentaux.

Dans le camp de réfugiés de Nakivale, au sud-ouest de l’Ouganda, cette réalité prend une forme particulièrement douloureuse. Des femmes et des hommes LGBTQ+ y vivent dans la surveillance permanente, la peur de l’exposition, et parfois doivent simuler une vie “normative” pour échapper à l’arrestation, à la violence ou à la stigmatisation communautaire. Cette pression sociale et institutionnelle devient un fardeau quotidien.

Un sacrifice personnel : le témoignage d’une femme lesbienne

Nous l’appellerons “Amina” pour protéger son identité.

Amina est une réfugiée lesbienne originaire d’un pays d’Afrique centrale. Elle avait fui la persécution, les menaces et les violences homophobes. À son arrivée à Nakivale, elle espérait enfin trouver un peu de paix et une chance de reconstruire sa vie — notamment par une demande de réinstallation au Canada. Pour elle, cette perspective représentait le rêve de vivre librement, d’aimer librement, et surtout de survivre sans peur.

Pourtant, confrontée à l’hostilité ambiante envers les personnes LGBTQ+, aux pressions familiales et à l’absence de protection adéquate dans le camp, Amina a été contrainte de vivre avec un homme qu’elle connaissait à peine, non par amour, mais par peur de la loi ougandaise et pour échapper à la violence. Ce mariage de survie lui a permis de se protéger, mais il fut un lourd sacrifice : elle a perdu la chance d’être considérée comme une femme seule dans son dossier de réinstallation.

Peu après, elle est tombée enceinte — d’un enfant qu’elle aime profondément, mais qui est aussi le résultat d’un compromis imposé par la peur et l’absence de sécurité. Cette grossesse, loin d’être un simple événement personnel, est devenue un symbole de ce que des lois homophobes et des contextes sociaux oppressifs peuvent infliger à des vies humaines.

Quand la survie efface les opportunités

Selon des rapports d’organisations de défense des droits humains, de nombreuses personnes LGBTQ+ dans les camps ougandais adoptent des stratégies similaires pour se protéger : se marier avec des personnes de genre opposé, cacher leur orientation sexuelle, ou renier temporairement leur identité. Ces stratégies visent à réduire les risques d’agression ou d’expulsion du camp, mais elles ont des conséquences lourdes sur leurs démarches administratives, notamment dans les procédures de réinstallation. Les demandes faites en tant que couple hétérosexuel, ou la présentation d’un dossier où l’identité queer est niée, peuvent réduire ou éliminer les chances d’être réinstallé dans un pays tiers qui reconnaît pourtant les besoins spécifiques des réfugiés LGBTQ+.

Dans le cas d’Amina, cette situation a signifié la perte de sa candidature à la réinstallation au Canada — une opportunité qu’elle avait longtemps attendue et pour laquelle elle avait fourni des témoignages, des documents et des preuves de persécution. Aujourd’hui, elle se retrouve coincée dans un contexte où l’expression de son identité est une menace pour sa sécurité, et où les mécanismes de protection internationale sont incapables de répondre adéquatement à cette double vulnérabilité.

Un appel à l’action

La situation des réfugiés LGBTQ+ dans des contextes comme Nakivale met en lumière une urgence humanitaire souvent négligée :

  • l’absence de mécanismes de protection spécifiques,
  • l’impact destructeur des normes homophobes sur les parcours de réinstallation,
  • et la nécessité pour les acteurs humanitaires de repenser leurs procédures.

Les organismes internationaux et les gouvernements doivent :

  • créer des canaux sécurisés et confidentiels pour les réfugiés LGBTQ+,
  • assurer la prise en compte de leur identité réelle dans les procédures de réinstallation,
  • renforcer la formation des travailleurs humanitaires pour qu’ils comprennent et protègent spécifiquement les personnes LGBTQ+.

L’histoire d’Amina n’est pas isolée. Elle illustre le coût humain d’une politique qui ignore la réalité des identités et des amours non conformes. Tant que les personnes LGBTQ+ doivent se cacher, épouser, mentir ou se renier pour survivre, l’idée même de refuge — et encore moins de liberté — reste un luxe inaccessible.

Chaque personne mérite d’aimer, de vivre et de se reconstruire sans peur. C’est un droit humain inaliénable.

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