
Par: DDH Erasto Emilly
Le marché public de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda, est un lieu vital pour de nombreuses femmes réfugiées. Il représente non seulement un espace économique, mais aussi un espace social où l’autonomie, la dignité et la survie se construisent au quotidien. Pourtant, pour certaines femmes, cet espace est loin d’être sûr. Les femmes lesbiennes, bisexuelles et transgenres (LGBT) y subissent une forme de marginalisation qui reste souvent invisible pour le reste de la communauté.
La double discrimination
Les femmes LGBT à Nakivale vivent une double marginalisation : d’abord en tant que femmes, dans un contexte où l’accès aux ressources économiques est limité, et ensuite en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre. Cette discrimination se manifeste de manière directe et indirecte : des regards hostiles, des insultes verbales, le refus de collaborer avec elles sur des stands ou de leur vendre des produits en gros, voire des menaces physiques dans certains cas.
Fatuma*, une jeune femme réfugiée, raconte :
« Je dois cacher qui je suis. Si les autres commerçantes découvrent que je suis lesbienne, elles ne me vendront pas de marchandises et je ne pourrai plus gagner ma vie. »
Ces expériences révèlent une réalité douloureuse : pour ces femmes, le marché, pourtant symbole d’indépendance, peut devenir un espace d’exclusion.
Les barrières économiques
Au-delà de l’hostilité sociale, les femmes LGBT font face à des obstacles économiques spécifiques. Beaucoup ne peuvent accéder aux microcrédits ou aux réseaux d’entraide qui permettent aux autres commerçantes de développer leurs affaires. L’exclusion économique est un cercle vicieux : elle empêche l’autonomie financière et renforce la dépendance vis-à-vis de personnes qui peuvent exploiter leur vulnérabilité.
De plus, la peur de représailles empêche certaines femmes de signaler les abus ou de demander protection auprès des autorités locales ou des ONG. Le résultat est un isolement prolongé qui limite leur participation pleine à la vie communautaire et à l’économie locale.
Appel à la solidarité et à la protection
Il est crucial que la communauté internationale, les ONG locales et les autorités de Nakivale reconnaissent la spécificité des discriminations envers les femmes LGBT. Des programmes de sensibilisation, des espaces sûrs et un accès équitable aux ressources économiques sont nécessaires pour briser le cycle de marginalisation.
« Nous devons pouvoir vendre nos produits, vivre avec dignité et nous sentir en sécurité au marché comme tout le monde », conclut Fatuma.
À retenir :
Le marché public de Nakivale n’est pas seulement un lieu de commerce. Pour les femmes LGBT, il est le reflet des défis multiples auxquels elles font face : stigmatisation, exclusion et barrières économiques. La lutte pour leur inclusion est une question de justice sociale et de droits humains.
