Violences sexuelles contre les filles LGBTQ+ à Nakivale : quand le viol devient un outil de domination masculine.

Par DEODATTE ORISSA, Défenseure des Droits Humains (DDH)

Le camp de réfugiés de Nakivale, qui devrait être un espace de protection pour toutes les personnes ayant fui la violence et les persécutions, demeure malheureusement un lieu où certaines formes graves de violations des droits humains persistent. Parmi elles, les violences sexuelles ciblant les filles et jeunes femmes LGBTQ+ constituent une réalité alarmante, souvent passée sous silence.

Dans ce contexte, le viol est parfois utilisé comme un instrument de domination et de contrôle, motivé par une idéologie de suprématie masculine et par la stigmatisation des identités sexuelles et de genre perçues comme « non conformes ». Les filles LGBTQ+ se retrouvent ainsi exposées à des agressions visant non seulement leur corps, mais aussi leur identité et leur dignité.

Le témoignage de Furaha

Furaha (nom modifié pour sa protection), une jeune réfugiée LGBTQ+ vivant à Nakivale, a accepté de témoigner. Elle raconte avoir été agressée par des hommes qui cherchaient à « lui prouver » qu’elle devait se soumettre à une domination masculine qu’ils considèrent comme normale et légitime. Selon son témoignage, l’agression n’était pas seulement un acte de violence sexuelle, mais aussi un message de haine et d’intimidation, destiné à nier son identité.

Après les faits, Furaha s’est retrouvée confrontée à la peur, au silence et à l’isolement. La crainte d’être rejetée par la communauté, de ne pas être crue ou d’être à nouveau ciblée l’a longtemps empêchée de chercher de l’aide. Son expérience reflète celle de nombreuses autres victimes dont les voix restent invisibles.

Une double vulnérabilité

Les filles LGBTQ+ dans les camps de réfugiés subissent une double discrimination : en tant que femmes ou filles, et en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Cette situation est aggravée par des normes patriarcales profondément enracinées, qui renforcent la violence masculine et l’impunité.

Ces actes constituent des violations graves des droits humains, notamment du droit à la sécurité, à l’intégrité physique, à la dignité et à la non-discrimination. Ils vont à l’encontre des conventions internationales de protection des réfugiés, des enfants et des personnes LGBTQ+.

Un appel à l’action

Il est impératif que les autorités du camp, les organisations humanitaires et les institutions de protection renforcent les mécanismes de prévention et de réponse aux violences sexuelles. Cela inclut :

  • des systèmes de signalement sûrs et confidentiels, adaptés aux enfants et aux personnes LGBTQ+ ;
  • un accompagnement médical, psychosocial et juridique pour les survivantes ;
  • des actions claires contre l’impunité et les discours de haine ;
  • des programmes de sensibilisation contre la suprématie masculine et les violences basées sur le genre.

Briser le silence est une étape essentielle. Écouter et croire les survivantes comme Furaha est une responsabilité collective. La protection des filles LGBTQ+ dans les camps de réfugiés n’est pas une option, mais une obligation morale et juridique.

Aucune identité ne justifie la violence. Aucun pouvoir ne doit s’exercer par le viol.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut