À Nakivale, sans eau, la vie des femmes se délite

Par Pascaline Amisi, Défenseure des droits humains

Introduction : une crise silencieuse au cœur de l’Afrique

Depuis plusieurs années, le camp de réfugiés de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda, fait face à une crise chronique d’accès à l’eau potable. Ce camp — l’un des plus anciens et des plus vastes d’Afrique — accueille aujourd’hui plus de 150 000 réfugiés originaires de pays en conflit comme la République démocratique du Congo, le Burundi, la Somalie ou le Soudan. Cette forte population, conjuguée à une infrastructure insuffisante, a profondément fragilisé l’accès à l’eau, avec des conséquences particulièrement sévères pour les femmes et les filles de la communauté réfugiée. �UNICEF +1

Un accès à l’eau loin des standards humanitaires

Selon les normes humanitaires (Sphere), chaque personne affectée par une crise devrait avoir accès à au moins 15 à 20 litres d’eau potable par jour pour ses besoins de base. �À Nakivale, cependant, l’accès à l’eau est très en dessous de ces standards :UNHCR Data Portal

  • L’eau disponible varie souvent entre 5 à 12 litres par personne par jour, bien en deçà de la norme minimale, en particulier dans des zones comme Rubondo. �Doctors Without Borders +1
  • Dans certaines périodes, l’eau potable doit être achetée en dehors du camp ou récupérée dans des sources naturelles dangereuses comme les marécages, les barrages ou les rivières non traités. �SOS Médias Burundi +1

Cette pénurie transforme une nécessité fondamentale en lutte quotidienne : longues files d’attente devant peu de points d’eau, achats coûteux d’eau souvent de mauvaise qualité et déplacements forcés vers des sources insalubres sont désormais la norme.

La charge des femmes : un fardeau disproportionné

Dans les sociétés traditionnelles ainsi que dans les contextes de réfugiés, les femmes et les filles sont souvent responsables de la gestion de l’eau pour leur foyer. À Nakivale, cela se traduit par :

1. Des trajets épuisants et dangereux

Les femmes parcourent souvent de longues distances pour trouver de l’eau. D’après une étude sur les défis psychosociaux des femmes et des filles à Nakivale, 41,5 % des personnes interrogées ont déclaré éprouver des difficultés d’accès à l’eau “toujours”, et 24,5 % “la plupart du temps”. Pour ces femmes, aller chercher de l’eau implique souvent :

  • des queues interminables, parfois jusqu’après minuit,
  • des déplacements qui les exposent à des violences ou harcèlements,
  • des risques d’agression ou d’abus lors des trajets en zones isolées. �Center For Forced Migrants

Santé et hygiène en péril

2. Maladies hydriques et risques accrus pour la santé

L’eau non potable et l’accès irrégulier favorisent les maladies :

  • diarrhée, dysenterie, typhoïde et choléra sont courantes lorsque l’eau n’est pas traitée ou provient de sources contaminées. �UNHCR Data Portal +1
  • Les femmes enceintes et allaitantes sont particulièrement vulnérables car leur système immunitaire est plus fragile. Un manque d’eau propre affecte non seulement leur santé, mais aussi celle des nouveau-nés et des nourrissons.
  • Sans eau pour l’hygiène menstruelle, les adolescentes et jeunes femmes font face à un risque accru d’infections génitales et d’anxiété sociale, souvent associée à l’absence d’installations adaptées. �CWS Global

Impact socio-économique sur les femmes

3. Une charge qui entrave l’éducation et l’autonomie

Les enfants – surtout les filles – peuvent être retirés de l’école pour aider leur mère à collecter l’eau. Cela réduit leur accès à l’éducation et limite leurs opportunités futures. De plus :

  • Le temps passé à chercher de l’eau diminue celui disponible pour les activités génératrices de revenus,
  • La gestion de l’eau devient une source de stress et de fatigue chronique,
  • Les conflits autour de l’eau — entre réfugiés ou avec les communautés hôtes — augmentent la tension sociale et la vulnérabilité des femmes. �RSIS International

Réponses humanitaires : progrès et lacunes

4. Initiatives en cours

Des interventions telles que l’installation de aquatabs et de réhabilitation de forages ont permis d’améliorer l’eau potable pour certaines familles récemment arrivées dans la zone ; environ 3 360 familles ont reçu des tablettes de purification d’eau pour rendre l’eau de surface potable. �Des projets pilotés par des organisations comme la Church World Service visent à fournir des infrastructures WASH (eau, assainissement, hygiène) plus durables, y compris des latrines améliorées, des stations de stockage et des kits de gestion de l’hygiène menstruelle pour les femmes et les adolescentes. �UNICEFCWS Global

Pourquoi la situation persiste

5. Facteurs structurels

Les pénuries d’eau prolongées à Nakivale découlent d’un ensemble de contraintes :

  • Une croissance rapide de la population réfugiée qui dépasse l’infrastructure existante,
  • Une dépendance à des sources peu fiables ou saisonnières,
  • Un financement humanitaire insuffisant pour des travaux de forage et de traitement à grande échelle,
  • Des tensions avec les communautés locales autour de l’usage des ressources hydriques. �RSIS International

Conclusion : un appel urgent à l’action

Le manque d’eau à Nakivale n’est pas un simple désagrément : c’est une crise humanitaire qui mine la santé, la dignité et l’avenir des réfugiés, avec un impact particulièrement profond sur les femmes et les filles. L’urgence ne réside pas uniquement dans la construction de points d’eau supplémentaires, mais dans la mise en place de systèmes durables, l’éducation sanitaire, et la priorisation des besoins spécifiques des femmes dans toute réponse WASH.

Alors que la communauté internationale continue d’intervenir, il est essentiel de placer les voix des femmes réfugiées au centre des stratégies d’eau, d’assainissement et de santé, afin que chacune puisse accéder à ce droit humain fondamental : l’eau potable.

Sources principales :

  • Approvisionnement en eau bien en dessous des normes humanitaires à Nakivale. �Grokipedia
  • Conséquences sanitaires, maladies hydriques et risques pour femmes et enfants. �UNHCR Data Portal +1
  • Étude sur difficultés d’accès et sécurité liées à l’eau pour femmes et filles. �Center For Forced Migrants
  • Initiatives en cours pour améliorer l’eau potable. �UNICEF +1

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